Kristel souvenirs d'adolescence
Kristel ! mon adolescence, mon meilleur souvenir de vacances !
Après avoir longé la plage des Roseaux, nous escaladions un petit chemin constitué de marches taillées dans la pierre sèche qui nous conduisait à un promontoire sur lequel se trouvait notre petite maison : un bâtiment rectangulaire que Papa avait partagé par des cloisons, une chambre une grande salle à manger, une petite cuisine, une très longue véranda construite sur la longueur de la maison attenante à un petit coin réservé aux WC et lavabo.
Attention, sans eau courante ni électricité. Mais c'était quand même le bonheur! Je dirais même le grand bonheur !!
Côté mer, une grande plate forme sur laquelle nous attendions le matin, le passage des pêcheurs de nuit afin de leur acheter les "savonettes" genre de soles et mérous... Je ne me souviens qu'une fois le mérou vidé de ses entrailles a bondi et est tombé sur le sol !
Notre grand-père passait de nombreuses nuits à pêcher sur les rochers avec une grosse pierre à sa portée afin de réduire à néant la murène, serpent de mer avec des dents très acérées. Il préparait à merveille le "caldéro" en faisant cuire de grosses pâtes ou riz dans le bouillon et la sauce pour accompagner le poisson.
C'était une préparation traditionnelle composée de tomates cuites, de piments rouges séchés et d'ail bien malaxés.
En plus de la citerne d'eau de pluie, des jeunes indigènes nous ramenaient des tonnelets d'eau qu'ils puisaient à la source nichée au milieu des roseaux. Hélas, un beau jour, les jeunes arabes sont restés absents car leur grand frère leur interdisait de porter de l'eau aux français. C'était comme on dit, le commencement de la fin !
Pour l'éclairage, papa avait plusieurs systèmes: batterie de voiture, lampe à carbure: ma grande frayeur! Cette lampe se composait d'une partie remplie de carbure et la partie supérieure d'eau. Lorsque l'on ouvrait le robinet, l'eau se mélangeait au carbure et cela provoquait une réaction chimique qui libérait un gaz éclairant. On grattait une allumette et hop, une belle flamme apparaissait. Maman dans sa cuisine s'éclairait avec la traditionnelle lampe à pétrole. Par la suite, une lampe au gaz remplaça tout ce matériel ancien.
Le soir, on prenait "le frais" sur des chaises longues coté montagne moins humide que coté mer et là, très souvent de vieux arabes s'arrêtaient bavarder de longs moments avec nous et déjà ils disaient qu'avec les jeunes cela deviendrait difficile !!
A Kristel, il y avait plusieurs plages , notre préférée était l'ESTACADE et son rocher carré! Au dessus de la falaise se trouvait le fameux restaurant FAUDRY puis à coté, notre oncle Alexandre et Tante Ninette avaient un logement dont une partie s'est effondrée avec le restaurant. Ensuite on trouvait la plage des Roseaux. Une seule maison était construite en bordure de l'eau. En hauteur, parmi les différents feuillages, plusieurs cabanons dominaient les lieux dont celui des grands-parents de Sylviane et Jacqueline.
Après être passé devant notre maison, il y avait la plage des Mauresques réservée à la gente féminine locale qui se baignait toute habillée. Mais les fortes vagues soulevaient leurs robes par dessus la tête ce qui faisait le bonheur des petits et des adultes arabes qui se dissimulaient pour admirer le spectacle. Ensuite, après une petite marche le long des falaises, on accédait à l'auberge de jeunesse.
Très belle plage mais dangereuse à cause des piqures de vives que nous appelions "araignées". Beaucoup plus loin, on accédait en voiture ou en carriole aux Balladrées, cela voulait-il dire belles ballades?? Là sur le sable, les tentes étaient montées rapidement à l'aide de couverture multicolores et de piquets de bois.
Revenons à notre plage préférée: nous dansions chez l'oncle de Sylviane et Jacqueline sur une musique mémorable à l'aide d'un très ancien phonographe avec manivelle surmonté d'un énorme pavillon en cuivre. Quelques fois, nous dansions chez les CAHUZAC, dans une très belle villa avec de grands espaces carrelés, au son de "la vie en rose" et "pour lui".
Souvenirs de nos premiers maillots de bain, j'en ris encore aujourd'hui car maman avait taillé dans une vieille robe en crêpe rose les maillots qui avaient une belle allure. Mais à la sortie du bain, à notre grande stupéfaction, les maillots de bain mesuraient 10cm de plus en longueur. Ah! la belle rigolade !! Après l'essorage, la famille a pu reprendre le chemin du retour. Quant à moi, je l'avais échappé belle car j'avais un modèle différent confectionné dans du tissus vert et blanc à fleurs.
Un autre souvenir inoubliable, il s'agit de la première paire d'espadrilles que maman avait acheté à mon petit frère. Une fois chaussées, impossible de lui faire retirer pour se coucher. Il avait promis à maman de dormir avec les pieds à l'air. C'est d'ailleurs ce qu'il fit mais seulement quelques minutes avant de tomber dans les bras de Morphée.
Hors vacances d'été, lorsque nous parions à Kristel avec le petit camion Renault, mon père nous installait à l'arrière en plein vent, revêtues de gilets de laine avec Sylviane et Jacqueline. Un jour, dans la maison de vacances munies de pinceaux et de peinture, nous devions repeindre le plafond en contre-plaqué de la grande pièce. Entrainées par les champs de Sylviane, nous avions, c'est sûr, le coeur à l'ouvrage. Elle entonna l'aie de Figaro avec brio : Figaro ci, Figaro là, Figaro ci, Figaro là ... et elle termina par une phrase bien de chez nous, c'est la F... à la ....!! Comprenne qui voudra. Surprise par l'arrivée de mon père, elle failli tomber de l'escabeau. Papa était mort de rire et l'a félicité pour ses talents de chanteuse.
Ah mon Dieu, quelle époque merveilleuse, que de bons souvenirs !!
Papa avait acheté une barque qu'il baptisa "les trois frères" mais il ne nous la confiait que rarement pour faire des ballades. Il arrivait souvent de voir passer le long de la côte deux adeptes de la périssoire dont j'ai oublié le nom. Et la nuit lorsqu'un air de clarinette nous parvenait de la mer, c'était merveilleux. Que dire encore étant l'ainée de la famille, pendant ces vacances, j'avais une drôle de corvée, je rentrais à St Cloud le matin avec papa, je faisais la lessive et sous le soleil ardent, le linge séchait très vite. Cela me permettait de repasser aussitôt et de rentrer le soir même à Kristel le travail accompli.
Du 14 Juillet au 15 Aout, c'était de longues vacances. Ensuite pour la plus part d'entre nous, il fallait penser à rentrer au village surtout pour les vignerons que les vendanges attendaient. Que dire encore: cette petite maison est bien le seul endroit où j'aimerais en silence complet, méditer longuement ! Hélas, je n'y retournerai jamais....
Quelques années plus tard, papa avait construit une très belle villa au Cap Carbon après Arzew. La réplique de cette maison existe maintenant à Lunel dans l'Hérault et elle porte le nom symbolique de "Cap Carbon"
Pour moi, comme pour mes soeurs, ce n'était plus la même chose, nos souvenirs sont restés à Kristel car tout faisait partie de notre adolescence.
Les années ont passé très vite, 1955, 1956... lors de mes séjours suivant au Cap Carbon quand l'homme de ma vie venait me rejoindre, il m'appelait "mi vida". Puis un petit enfant prit ma main en me disant "maman" cela aussi, c'était le grand bonheur, merci mon Dieu.
Pour les petites soeurs et aussi mon petit frère, afin de ne pas oublier Kristel.
Andrée Rebolle Megimbir (13/05/2010)
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Mis à jour (Vendredi, 23 Juillet 2010 09:05)


